À SOLUTRANS, l'arrivée des constructeurs asiatiques n'a rien eu d'un coup d'éclat. Contrairement au marché automobile, où les marques chinoises sont désormais visibles dans la rue, le salon n'a laissé transparaître aucune vague spectaculaire côté véhicules industriels. Est-ce le calme avant la tempête ? Les chiffres d'immatriculation, eux, racontent une histoire plus méthodique que médiatique. Retour sur les grandes lignes du chapitre que la Synthèse 2025 & Perspectives 2027 de SOLUTRANS consacre à cette offensive asiatique et à ses conséquences pour la filière du transport routier.
Publié le 01 octobre 2026 à 10:26 | Modifié le 01 octobre 2026 à 3:00

Sur le marché automobile, une "masse critique" déjà atteinte

Difficile de l'ignorer : les marques chinoises (MG, BYD, Leapmotor, X-Peng, Maxus, Lynk & Co) représentent déjà 2,5 % du marché France des voitures neuves sur le premier semestre 2025, selon AAA Data. Sur le segment des flottes d'entreprises, la progression est encore plus nette : +113 % par rapport au premier semestre 2024, selon Arval Mobility Observatory, pour atteindre 1,2 % des immatriculations "flottes".

Ce développement reste toutefois freiné par plusieurs réglementations européennes, dont les droits de douane et la préférence à l'achat liée à l'éco-score. Un frein que plusieurs projets industriels en cours, notamment en Hongrie et en Espagne, pourraient bien desserrer dans les prochaines années. La synthèse SOLUTRANS détaille ces implantations et leur calendrier.

Camions : une présence encore marginale, mais loin d'être anecdotique

Sur les 44 119 immatriculations de véhicules industriels de plus de 3,5 tonnes enregistrées en France en 2025, les marques asiatiques représentent 381 unités. Le Japon domine largement avec 322 unités (Fuso et Isuzu Trucks en tête), mais la Chine progresse avec 59 unités, portées notamment par Sany et iJAC.

Un chiffre à retenir particulièrement : Sany, très méthodique dans son approche, ne cache pas son intention d'aller au-delà des camions de chantier pour développer ses ventes de tracteurs routiers longue distance. Un accord de maintenance avec un grand réseau européen constitue, selon la synthèse, un signal fort de cette montée en puissance à venir.

Les utilitaires, terrain de jeu historique des marques asiatiques

L'offensive asiatique dans l'utilitaire ne date pas d'hier : elle a débuté avec les marques japonaises dès 1983, avec des usines d'assemblage installées en Europe (Nissan Cabstar en Espagne, Mitsubishi Canter au Portugal). Une architecture technique commune à ces pionniers, la cabine avancée, se retrouve aujourd'hui reprise par les constructeurs chinois.

Sur ce segment, Maxus (groupe SAIC) a fait une entrée remarquée avec 537 unités immatriculées sur onze mois, talonnant des marques japonaises historiques. Côté sud-coréen, le retour de Kia a été particulièrement remarqué à SOLUTRANS 2025, avec un objectif affiché de 2 000 immatriculations annuelles. La synthèse revient sur le positionnement de chaque marque et sur le vecteur de pénétration privilégié pour s'imposer sur ce marché.

Des marques "au faux nez européen"

Au-delà des marques ouvertement chinoises, la synthèse SOLUTRANS pointe un phénomène moins visible : plusieurs constructeurs présentés comme européens s'appuient en réalité sur des bases industrielles asiatiques. Un tracteur récemment dévoilé à SOLUTRANS par une marque turque reprendrait ainsi, sous une autre livrée, un modèle chinois existant. Une pratique que la synthèse détaille marque par marque, pour aider les professionnels du véhicule industriel à mieux identifier l'origine réelle des produits qu'ils croisent en concession.

Pourquoi l'Europe devient une cible prioritaire

Le constat dressé par la synthèse est sans détour : face à un marché domestique chinois déprimé et à de fortes taxations mises en place par les États-Unis, l'Europe est devenue une cible d'exportation prioritaire pour les constructeurs chinois de véhicules industriels. Une dynamique qui devrait s'accélérer d'ici SOLUTRANS 2027.

Ce que la filière retient pour 2027

La stratégie chinoise en Europe reproduit, à bien des égards, celle déployée par les constructeurs japonais il y a quarante ans : implantation industrielle locale et partenariats avec des carrossiers européens. Certaines tentatives ont déjà échoué, d'autres réussissent sur la durée en préservant outils et emplois locaux. Reste une question de fond pour toute la filière du transport routier : celle de la maîtrise des composants et du maintien du savoir-faire européen.

La « Synthèse 2025 & Perspectives 2027 » de SOLUTRANS propose une analyse complète de cette recomposition du marché, avec les stratégies d'implantation observées pays par pays et les partenariats industriels à surveiller d'ici la prochaine édition du salon.